J’ai écrit cette phrase en 2021 « Le corps est sage. Il aime l’effort, mais pas la douleur, il sait toujours où s’arrêter pour progresser sans blesser. » parlant de mon Yoga.
Le corps est mu par l’énergie de vie qui répare en permanence, renouvelle les cellules, et fait battre cotre cœur. Là se trouve le véritable Yoga. Celui qui nous fait marcher sans y penser.
Si on laisse cette énergie nous guider, et non pas le mental, elle nous emmène vers la joie et la paix, vers le calme intérieur.
Observer et écouter le corps, ce n’est pas répondre à une pulsion avec son mental et la satisfaire.
Le spirituel et le cadre social
SI l’on prend danser comme exemple. Une envie de danser est là et l’on va dans un bar. Je vais danser de telle manière parce que je suis dans tel lieu avec l’obligation d’obéir à des règles sociales précise, je peux déborder du cadre, mais pas trop. Le corps est alors contraint à des règles de mouvement assez précises, esthétiques, culturelles, temporelles, locales.
Si je fais une semaine de méditation Vipassana, je retrouve d’autres contraintes. Pour favoriser la concentration sur les sensations corporelles, il faut aller lentement dans le mouvement, et contraindre son corps à l’immobilité de longues heures. Dans la méditation en marche, il faut marcher très doucement, à l’extrême.
Changer de contraintes, de cadre, est une voie vers l’affaiblissement de l’égo, mais tant qu’il y a un cadre et la nécessité de s’y identifier, s’attacher au cadre, le Tout ne peut pas entrer en soi. Car le Tout ne respecte par de cadre culturel.
Je vis une expérience chamanique ancestrale qui échappe totalement à ma culture Française laïque.
Il faut bien différencier les exercices qui mènent à l’ouverture spirituelle de l’expérience spirituelle elle-même.
Respecter le cadre est essentiel dans bien des situations, et le respecter est important. Mais l’expérience spirituelle ne respecte pas de cadre.
Chaque chemin est unique et de nombreux cadres ou traditions spirituelles ont été créés au fil des millénaires, par chacun des expérimentateurs de la spiritualité. Chacun ayant sa propre expérience à partager.
Et les extrêmes à mon avis sont à associer, plus large est l’ouverture, plus large est l’expérience, moins étroite est la croyance. Chaque pratique a un intérêt, et d’autant plus si elle se présente sur notre chemin.
La danse libre, l’ecstatic danse, le breathwork
Le seul cadre ou le corps est réellement libre semble être la danse libre. Les réunions d’ecstatic dance par exemple sont un lieu où le corps peut s’exprimer à sa manière, je trouve. Il y a beaucoup d’autres types de danses libres (danse des 5 rythmes, medicine dance, danse contact, …) pour laisser l’état de transe survenir, mais le cadre restrictif est toujours là. Peut-on vraiment laisser le corps entrer totalement en transe, tout est-il permis ? Non bien entendu. Dans la danse libre en groupe, je ne peux pas laisser les chants sortir par exemple, alors je chante dans ma tête.
Il y a le breathwork, la respiration holotropique, qui sont des cadres puissants pour induire la transe et assez libre pour la vivre dans le mouvement et le bruit, mais l’espace est restreint, et la surveillance forte. Un autre type de cadre.
Et si le cadre sociale est restrictif, lâcher le jugement de soi pour laisser faire totalement ce qui est, est un autre cadre, intérieur, qui peut être extrêmement puissant, et donc le premier à défaire.
C’est pourquoi pratiquer seul est nécessaire si l’on veut apprendre le non-faire, sortir du cadre du mental. Parce que le cadre ne permet pas forcément l’expression complète de ce qui est.
Le non-faire peut se pratiquer partout une fois que l’on sait entrer dans cette observation dénuée de volonté. On peut par exemple simplement laisser nos pas nous guider dans la rue. Respecter les différents cadres tout en laissant le Tout prendre le contrôle.
Et l’on peut aussi inventer ce nouveau cadre qui nous convient avec ceux qui vivent des expériences proches des siennes ? Appel aux yogis spontanés qui veulent se rassembler 🙂
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Une histoire de cadre.
Je marche dans Barcelone, sur une avenue éloignée du centre. Il y a ce rat blessé sur le trottoir, pas très loin de la mort. Personne sur mon trottoir ni celui d’en face. Je m’accroupi et met mes mains à une quinzaine de centimètres au dessus de lui. Peut être puis-je soulager ses souffrances? Il reste un instant puis se décale un peu plus loin non sans difficulté. Je reste immobile. Quelques secondes plus tard il revient sous mes mains. Une ou deux personnes passent en face en se demandant bien ce que je fais. Je suis mal à l’aise… Mais si il est revenu sous mes mains, c’est bien qu’il doit y avoir un intérêt à y être.. et que mon soin énergétique lui fait du bien. Puis pendant ces peut être quinze minutes, quelques personnes de plus passent, toujours sur le trottoir d’en face. Certaines regardent, d’autres non. Un homme avec son journal dans les mains regarde avec un peu plus d’insistance. Quelques minutes plus tard je le vois arriver sur mon trottoir, le regard interrogateur il passe pres de moi scrutant cette activitée incongrue.