Destin, souffrance, douleur et évolution spirituelle

La vie m’emmène sur un chemin différent, auquel je ne m’attendais pas. Différent de celui des autres. Chaque chemin est différent bien sûr, mais certains un peu plus que d’autres peut-être. Le chemin du chaman.

Il y a la norme, il y a le hors norme, il y a l’arc-en-ciel de tous les chemins, toutes ces vies différentes qui aujourd’hui pour moi ont toutes un sens. Celui que la Nature leur donne, qui est plus vaste ce que j’imaginais il y a quelques années. Chaque chemin est certainement parfait.

Le destin existe-t-il ?

Nos chemins nous emmènent à évoluer, expérimenter, connaître. Sont-ils écrits, gravés ? Entièrement, ou en partie ?

Au regard de mon parcours, de mes intuitions les plus fortes, de toutes les étapes minutieusement enchevêtrées les unes dans les autres qu’il a fallu que la vie mette en place pour faire apparaître en moi ces « pouvoirs magiques »; je peux croire que toutes choses sont imbriquées et parfaitement organisées.

Les synchronicités de ma vie se comptent par milliers, et les synchronicités partagées pendant les soins par centaines. Mon expérience de la vie fait tendre ma croyance vers une organisation précise, à la fois dans l’instant, et dans un temps plus large. Je crois que tout est écrit, et cette idée, aussi effrayante que rassurante, ne peut être qu’une idée.

Cette idée reste, malgré la peine qu’elle peut provoquer chez moi, malgré l’imperfection totale que je peux ressentir face à l’existence humaine, en général, et la mienne, car il y a la douleur.

Il y a beaucoup de douleur dans mon parcours. La douleur qui fait surgir les ombres les plus noires de mon être, la douleur qui a meurtri mon esprit et ma chaire tout à la fois jusqu’au plus profond de moi-même, jusqu’à ne plus croire mes pensées. Jusqu’à disparaître assez de moi-même pour que surgisse autre chose. Et ma douleur n’est rien à coté de celle de tant d’autres.

La souffrance et l’évolution spirituelle

Je ne crois pas en la souffrance comme un bienfait, mais la douleur s’impose dans nos vies, la maladie, le deuil, la projection de nos ombres sur nos relations.. Et elle nous pousse à chercher des solutions pour en sortir, à changer. Y a-t-il des changements profonds chez les êtres humains sans la douleur ? Modifie-t-on son être, ses névroses, ses schémas d’attachement, sa réalité, son mode d’être à la vie,.. sans s’effondrer, ou tout du moins perdre l’équilibre ?

Le chemin du chaman, du sorcier, du yogi, du guerrier spirituel,.. est de se défaire de l’égo. Cette construction plus ou moins fictive, très locale et temporalisée, de ce qu’est la vie, cet imaginaire de pensées et d’émotions imbriquées qui font notre rapport au monde, notre rapport aux autres. Qui nous fait faire société.

On ne s’en débarrassera pas entièrement d’ailleurs puisqu’il est constitutif de notre condition humaine.

Mais on le défait, le dénoue, l’amenuise dans sa puissance, pour laisser place à l’Esprit, au Tout. À cette part inconnue pour toujours du mental que les humains ne cesseront de traduire avec des mots qui pourtant ne pourront jamais expliquer ni transmettre l’expérience.

Comme je l’explique souvent si simplement, on ne fera jamais ressentir à quelqu’un le goût d’une fraise par les mots, seule l’expérience compte.

Alors quand place libre est faite en soi, cette expérience de l’infini qui devient palpable, car l’infini est toujours là en nous puisqu’il fait battre nos cœurs à chaque instant de nos vies.

Comment se fait cette place en nous pour autre chose  ? Comment nous transformons nous spirituellement ?

Mes transformations se sont faites la plupart du temps dans la douleur et la maladie, et en apprenant à la quitter, à l’accepter, à la voir autrement. En modifiant mon système de pensée pour quitter la souffrance.

J’ai entendu des chamans me dire que la souffrance n’est pas une obligation. Mais personne sur cette planète n’a jamais vécu une vie sans souffrances pourtant. Même les grands sages, méditants accomplis, souffrent le martyre lorsqu’ils perdent leur mère ou leur maître, .. Lorsque l’on perd l’Amour, le lien à l’autre, ce lien qui est nécessaire à notre survie depuis nos premiers jours dans ces corps, la souffrance survient, par nécessité de vivre.

Je crois profondément que la souffrance comme la joie sont sources d’évolution, qu’elles sont imbriquées l’une en l’autre. Les plus grandes joies peuvent faire apparaitre en nous les plus grandes peurs et douleurs intérieures. Tout comme les plus grandes peines et douleurs peuvent faire ressortir nos plus grandes forces et finalement nous apporter une joie sereine.

Ainsi tout s’enchevêtre et s’enchaîne pour nous emmener sur ce chemin, celui de l’évolution humaine, l’évolution des esprits, des âmes peut-être, cette évolution personnelle qui prend part à celle de l’humanité entière forcément.

Accepter la souffrance

J’ai appris à voir la souffrance avec plus de tendresse, à mieux l’accepter, à remercier même pour ce qu’elle m’apporte. Parfois, je peux souffrir et tout à la fois être dans la gratitude, sachant d’où provient cette émotion, qu’elle est temporaire, et qu’elle cherche à m’ouvrir une voie.

Il y a quelque chose d’absolument insupportable dans le fait d’accepter la souffrance. Pourtant, le secret de la paix réside dans l’acceptation. Accepter entièrement la douleur, les peurs, l’angoisse.. pour pouvoir voir ce qui les cause, car sans cela aucune libération n’est possible. ?

Aller chercher au fond de soi ce qui fait mal, ce qui est laid, ce qui détruit, ne plus le projeter sur l’autre, le regarder en face. Cela fait partie de mon chemin, c’est douloureux, de se rendre compte qu‘il n’y a quasiment que soi et sa propre pensée qui sont responsables de nos souffrances. Que les souffrances « en situations » sont bien brèves comparées à ce qui advient dans notre esprit : la peur de souffrir et le ressassement de la souffrance passée.

Les souffrances non acceptées modèlent notre vie vers leur répétition

Il faut un jour se rendre compte que tout ce que l’on ne veut pas voir consciemment de soi, que l’on met de côté, parfois même avec une certaine conscience, agit dans nos vies. Que ces peurs, ces angoisses, ces douleurs psychiques non résolues, attirent à nous des expériences qui les confirment. Les croyances modèlent l’expérience, mais l’expérience modèle aussi nos croyances. Ainsi le cercle peut devenir tout petit, si la douleur est la croyance initiale.

La souffrance exclue de nos sociétés

Notre société n’accepte pas la douleur, ni physique, ni psychique, certainement bien moins que d’autres sociétés, peut-être parce que les antidouleurs existent. Parce qu’elle a les moyens de les faire taire, en surface.

En surface seulement, car ce qu’il se passe réellement, c’est que nous nous sentons interdits de souffrir, interdits d’être triste au-delà du temps normé par la société. Nous sommes interdits de pleurer trop longtemps ce que nous avons perdu, interdits d’être anéantis pendant le temps qu’il faut pour revenir à la vie. Et ces temps pourtant sont précieux puisqu’ils ouvrent les brèches de nos évolutions.

Ces temps de douleur sont improductifs, car on ne travaille pas 8h par jour lorsqu’on souffre, ou l’on travaille mal, qu’une jambe soit douloureuse ou les yeux embués de larmes, on travaille mal.

La souffrance et l’amour intimement liés

Et nos sociétés veulent des soldats, productifs, soldats car le soldat ne peut se permettre l’émotion. Mais si l’on perd la souffrance, on perd la joie aussi, et l’on perd surtout l’Amour. Le soldat vous le dira, et sa femme qui l’attend aussi, aimer est impossible sans souffrir, car la plus grande souffrance nait de l’amour, de la séparation de cet amour. De la perte du lien initial qui nous maintient en vie, celui d’avec nos mères. Il faut souffrir du manque de cet être aimé pour pouvoir survivre. Il faut hurler quand elle est loin pour être nourri, pour pouvoir subsister.

Laissons-nous le temps pour nos peines, embrassons nos souffrances autant qu’il le faut pour pouvoir embrasser nos joies, et mieux goûter chaque instant les plaisirs qui nous sont offerts. Laissons-nous souffrir et aimons-nous souffrants comme joyeux, soi-même et l’autre. Puisque repousser la souffrance qui vient toujours de cette peur de la mort, de la fin, de la séparation, c’est aussi refuser la profondeur vitale de l’amour, du lien à l’autre.

Mais aussi il ne faudrait jamais rechercher une souffrance inutile, seulement accepter celle qui est et s’éloigner de celle à venir.